L’égalité des genres est l'affaire des hommes et des femmes

La Tunisie est l’un des premiers pays à lutter contre toutes les formes de discrimination de genre. Fatma Amri et Riadh Bechir s’engagent au niveau local pour l’égalité entre femmes et hommes dans le cadre du projet « 3eshra : Construire une communauté de pratique pour l’égalité des genres en Tunisie ». Dans cet entretien, ils décrivent la situation en Tunisie en matière d’égalité de genres et leurs motivation, leurs observations et leurs leçons tirées.

Slim Bahrini

Fatma Amri (au centre) lors de la réunion régionale organisée par les coordinateurs locaux. La majorité des participants sont des femmes : « Cela montre bien que les femmes du sud de la Tunisie s’intéressent vraiment à la thématique de l’égalité de genres, même si ce n'est pas le cas des hommes. Pourtant, l’égalité des genres est l'affaire des hommes et des femmes. »

Depuis plus d'un an, Fatma Amri et Riadh Bechir explorent un concept appelé « communauté de pratique », en vue de renforcer les liens entre différentes parties prenantes s’engageant pour la promotion de l’égalité des genres en Tunisie. Tous deux habitent dans le sud de la Tunisie et prennent part, avec d’autres coordinateurs locaux répartis dans toute la Tunisie, au projet « 3eshra : Construire une communauté de pratique pour l’égalité des genres en Tunisie ».

Eva Gondorová

Fatma Amri (à droite) et Riadh Bechir, coordinateurs locaux en Tunisie. Ils s’investissent dans la participation des femmes au niveau local et régional.

La Tunisie est souvent citée en exemple en matière d’égalité des genres dans la région. Comment percevez-vous l’égalité entre les femmes et les hommes en Tunisie?

Fatma: La Tunisie a été l’un des premiers pays à s’engager dans la lutte contre tous les formes de discrimination de genre. Cependant, nous ne sommes pas encore parvenus à une situation idéale en matière d’égalité des genres. Nous y travaillons encore actuellement. Je pense qu’il est temps de s’atteler sérieusement à la question de l’égalité des genres en Tunisie. Il est temps de revoir et de réécrire notre législation. Ce n’est pas seulement le travail des partis politiques et des élus. Les citoyens, la société civile, les décideurs – la société tunisienne dans son entier – doivent œuvrer ensemble à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Riadh: Il y a des améliorations, mais il reste encore beaucoup à faire. La situation des femmes varie d’une région à l’autre. Elles ne sont pas confrontées aux mêmes problèmes. Dans le sud (de la Tunisie), par exemple, les femmes sont très intéressées par la lutte contre le chômage et la participation à la prise de décision aux niveaux local et régional. Nous espérons que la situation des femmes va s’améliorer, notamment leur situation économique. En même temps, il faut faire des progrès dans l'application des lois. Car pour améliorer la situation des femmes, les lois à elles seules ne suffisent pas. Il faut aussi veiller à leur application.

Pour améliorer la situation des femmes, les lois à elles seules ne suffisent pas. Il faut aussi veiller à leur application. 

Est-ce que votre candidature au projet 3eshra a été motivée par cette situation en Tunisie?

Fatma: J’ai déjà travaillé auparavant dans le domaine du genre et cela m’a poussée à en savoir plus sur l’égalité entre les femmes et les hommes en Tunisie et dans ma région de Gabès. Je voulais m’investir davantage, c’est pourquoi j’ai posé ma candidature au projet 3eshra. Au début, je ne comprenais pas le concept de communauté de pratique. C’est un concept nouveau, non seulement pour moi mais aussi pour d’autres personnes avec lesquelles je suis entrée en contact. Depuis 2011, la société civile tunisienne a conservé son mode de fonctionnement traditionnel. La communauté de pratique est un concept innovant et personnellement, il m’encourage à poursuivre mon travail au sein de la société civile.

Riadh: Les questions de genre m’intéressent. J’ai mené des projets axés sur la situation économique des femmes au niveau local. En tant que chercheur, j’ai beaucoup travaillé dans ce domaine. J’ai vu la situation des femmes dans les zones rurales et j’ai aussi rencontré des femmes qui ne peuvent pas prendre part à la vie sociale ou économique. J’ai travaillé au sein de la société civile et tenté de trouver des solutions pour ces femmes, de plaider en faveur d’une amélioration de leur situation. J’aime aussi le contact avec les gens. En Tunisie, la création d’une communauté de pratique est une chose nouvelle. C’est un nouveau sujet, un nouveau concept. Pour moi, c’est le premier projet qui permet de réunir des gens travaillant sur une question donnée.

Slim Bahrini

Ce qui compte pour Fatma et Riadh, c'est qu'ils créent des liens entre des engagés et mettent en place un espace d’échanges: « Voir la motivation des gens nous pousse à agir davantage. »

Quelle a été votre expérience en tant que coordinateurs locaux dans le cadre du projet 3eshra? Quels sont les plus grands défis?

Riadh: Le projet 3eshra nous fascine et nous contribuons aux résultats de la communauté de pratique parmi des acteurs qui s’intéressent aux questions de genre. Ce sera une réussite si nous parvenons à établir un esprit de travail collaboratif entre ces acteurs, afin d’améliorer conjointement la situation des femmes. Dans les mois à venir, nous examinerons les possibilités de collaboration avec d’autres associations.

Fatma: Mon rôle est de coordonner, d’organiser des évènements et d’informer sur l’égalité des genres. D’en parler et d'aborder des questions spécifiques en rapport avec l’égalité entre les femmes et les hommes dans les régions. Jusqu’à présent, les grands évènements constituent le plus gros défi. J’avais peur que nous ne parvenions pas à convaincre les gens de venir et se joindre à nous. Mais ils sont venus et cela a été une réussite ! Nous avons réussi à créer des liens avec les gens et à mettre en place un espace de bien-être. La motivation joue un rôle vraiment important pour nous. Si nous voyons qu’ils sont motivés, cela nous incite également à en faire plus. Voir la motivation des gens nous pousse à agir davantage.

L’égalité des genres est l'affaire des hommes et des femmes!

Qui participe à vos évènements? Les hommes s’y joignent-ils aussi?

Fatma: Seules des femmes ont participé à la première réunion de notre groupe de discussion. Lors de notre réunion régionale, nous avions également une majorité de femmes. Cela montre bien que les femmes du sud s’intéressent vraiment à la thématique de l’égalité des genres, même si ce n'est pas le cas des hommes. Pourtant, l’égalité des genres est l'affaire des hommes et des femmes. Elle ne consiste pas seulement à obtenir l’égalité des femmes. Nous abordons des thèmes qui concernent aussi bien les hommes que les femmes.

Qu’avez-vous appris au cours de vos premiers mois d’activité en tant que coordinateurs locaux?

Fatma: Personnellement, j’ai appris à être plus autonome. Parce que je travaille sur un projet consacré à l’égalité des genres. Pour autonomiser les femmes, je dois d’abord moi-même être autonome.

Riadh: L’importance de la collaboration entre les acteurs locaux pour améliorer la situation des femmes. Il est important d’en assurer la visibilité parmi les citoyens et les acteurs locaux, d’améliorer nos réseaux et d’apporter notre soutien à d’autres associations intéressées par la question des femmes.

Quels sont vos objectifs dans le cadre du projet 3eshra?

Fatma: Je veux laisser des traces, je veux que les gens se souviennent des évènements et réunions que nous avons organisés. Je veux les entendre dire que le projet a été une réussite.

Riadh: Nous voulons remédier à l’occultation de cette question pour pouvoir nous concentrer davantage sur les femmes et promouvoir leur participation au niveau local. Nous voulons lancer un appel et encourager les associations à travailler ensemble pour améliorer la situation des femmes dans la région.

Fatma Amri et Riadh Bechir

Fatma Amri vient de Gabès et a étudié l’anglais et l’internationalisation. Elle a commencé à travailler au sein de la société civile en 2011 et a été secrétaire générale de la Organisation Volonté et Citoyenneté (OVC) ainsi que formatrice, coordinatrice de projet et observatrice d’élections avec la Ligue des électrices tunisiennes (LET).

Riadh Bechir détient un doctorat en économie. Il est chercheur à l’Institut des Régions Arides de Médenine et président de l’Association pour le développement et les études stratégiques à Médenine. Il a publié des articles scientifiques et travaillé à différents projets associatifs dans la région.